L'électrohypersensibilité Être électrohypersensible (EHS) ou électrosensible, c’est ressentir des douleurs ou des gênes à proximité des champs électromagnétiques (CEM). Cette intolérance, parfois brutale et imprévisible, peut conduire à des situations de handicap important, compte tenu de l'omniprésence des CEMs dans notre environnement : technologies sans fil, émetteurs de toute nature, appareils, infrastructures électriques. Les personnes atteintes des formes les plus sévères se trouvent souvent privées de leurs droits fondamentaux : formation, travail, soins, logement, vie sociale, déplacements, loisirs, etc. Un statut de “confiné à vie” en quelque sorte, sans reconnaissance ni aide sociale particulière. Cette maladie environnementale chronique pose des défis nouveaux à notre société en ce qui concerne le respect des droits humains et environnementaux tels que définis par notre Constitution. Seule une réelle politique de santé publique permettrait protection des personnes atteintes et la prévenir l'apparition de nouveaux cas. De plus en plus de personnes témoignent de troubles liés aux champs électromagnétiques (CEM). Le nombre de personnes touchées est mal connu parce que peu étudié. Mais, à la lumière d'études de prévalence à l'étranger, il est plausible que plusieurs pourcents de la population soient concernés, à des degrés divers. Des signes avant-coureurs à ne pas négliger Parmi les signes précoces fréquents, notons : mal à l'oreille ou sensation de chaleur dans l'oreille après une conversation sur un téléphone sans fil ou mobile, maux de tête (picotement en forme de casque sur la tête, douleurs intracrâniennes, sensations de vibration, d'étau ou d'arrachement sur et dans la tête, de chaleur intense ou de froid), troubles de la concentration et de la mémoire, dépression, irritabilité, douleurs à la nuque, au dos, douleurs articulaires et/ou musculaires (genou, main...), tachycardie et palpitations cardiaques, étourdissements, acouphènes, troubles visuels, réveils brutaux dans la nuit et insomnie, sommeil non réparateur, troubles cutanés, grande fatigue, saignements du nez, nausées et troubles digestifs... Une maladie environnementale invalidante Pour certaines personnes, la perte de tolérance aux ondes peut devenir extrêmement forte et invalidante. Ce phénomène d'hypersensibilisation peut apparaître relativement brutalement (en quelques semaines) après les signes avant-coureurs. Faute de mise à l'abri des ondes suffisamment précoce, l'hypersensibilisation occasionne d’importants problèmes de santé : troubles du sommeil récurrents, douleurs en étau ou en écrasement à la tête, au cou, picotement ou brûlure à l'intérieur du corps, sensation d'irradiation, d'étouffement, de décharges électriques, troubles cardiaques (oppression, tachycardie, arythmie, palpitations...), troubles de la mémoire et de la concentration, troubles cutanés, visuels, vertiges ou pertes de connaissance, fatigue extrême... Des atteintes chroniques Aujourd'hui, la réversibilité du phénomène d'hypersensibilisation n'est pas connue : les troubles semblent devenir chroniques dans les cas les plus graves ou réapparaissent de manière rapide et aiguë en cas d'exposition aux ondes même à des niveaux extrêmement faibles. La précocité de la mise à l'abri et d'une prise en charge adéquate permet toutefois de réduire la gravité des troubles et de prévenir leur réapparition, permettant une vie sociale proche de la normale (cf. lignes directrices Europaem 2016).La perte de tolérance aux agents environnementaux peut parfois s'élargir (produits chimiques, UV ,...). En France, on ne compte que très peu de consultations en médecine environnementale. Les médecins, généralistes, du travail, et conseils de l’assurance maladie sont mal informés voire même désinformés sur cette pathologie et s'ils ne remettent pas en question les plaintes du patient, ils sont démunis pour y faire face. Les hypersensibles sont contraints à une errance médicale, nuisible à leur état de santé et financièrement. Lire + Des répercutions désastreuses, se protéger ou fuir ? Certaines personnes, rendus particulièrement sensibles, expérimentent des troubles importants à des niveaux extrêmement faibles : antennes-relais (dans un rayon de 1km voire plus), téléphones mobiles, téléphones fixe sans fil DECT, Wifi (dans un rayon de plusieurs dizaines de m), ampoules économiques fluo compactes, alarme sans fil, lignes à haute-tension, compteurs d'eau ou d'électricité et bien d’autres sources. Obligés de fuir pour survivre, leurs conditions de vie deviennent précaires dans des lieux isolés (camping-car, caravane, caves, maisons abandonnées...),généralement dans des zones fortement boisées. Elles sont sans emploi et se retrouvent à terme sans revenu. A côté de ces cas extrêmes, de plus en plus de personnes témoignent de leurs difficultés à se maintenir dans leur logement ou dans leur travail à cause de la pollution électromagnétique et de l'apparition de troubles de plus en plus importants au fil du temps. Certaines entreprennent des travaux de protection de leur domicile (au moyen notamment de peintures au graphite, de feuilles d’aluminium et de tissus métallisés), expérimentent, parfois avec succès, des thérapies complémentaires (ostéopathie) ou des compléments alimentaires pour compenser les dégâts métaboliques. Beaucoup sont contraints de se mettre en arrêt de travail et finissent par perdre leur emploi. Faute de ressources financières ou d’échappatoire, elles peuvent être contraints de subir les effets nocifs des ondes électromagnétiques et ne peuvent s’en protéger complètement, au risque d'altérer encore plus gravement leur santé. Une prise en charge à inventer L'absence de mesure adéquate pour prendre en charge et prévenir l'EHS conduit inévitablement à une fragilisation de l'état de santé et de l'insertion sociale des personnes. A contrario, des mesures spécifiques de prise en charge adaptée et précoce contribueraient à limiter l'errance médicale, à réduire les risques d'atteintes irréversibles à l'état de santé des personnes et à favoriser le maintien ou le retour à une vie sociale. 1 Il s'agit de moduler une éviction, plus ou moins drastique selon l'état de la personne, avec une restauration des capacités de l'organisme à faire face aux agressions environnementales. En conséquence, la mise en place de zones-refuges sans ondes est indispensable. Bien qu'il existe très peu de consultations en médecine environnementale 2 et si cette maladie environnementale émergente est encore mal identifiée, on en connaît toutefois suffisamment pour initier une prise en charge adaptée des personnes touchées. Ainsi, les médecins précurseurs3 et la 4 ayant réellement vu en consultation des hypersensibles se rejoignent sur les grandes lignes : une approche physiologique des troubles pointant le rôle probable du stress oxydatif / nitrosatif, une prise en charge avec la réduction des expositions en premier point, une approche globale, holistique et privilégiant la complémentation nutritionnelle et tout particulièrement les antioxydants naturels. Un accompagnement social et socioprofessionnel indispensable Le handicap, selon la convention des Nations Unies, n'est plus défini comme un élément médical propre à la personne handicapée mais comme une interaction avec des barrières faisant obstacle à la pleine participation à la société. C'est malheureusement ce que les hypersensibles vivent au quotidien lorsque leur perte de tolérance rencontre l'omniprésence de la pollution électromagnétique et qu'ils ont les plus grandes difficultés à se loger, travailler, se déplacer, se divertir... Une reconnaissance de cette situation de handicap liée à une pollution de l'environnement est indispensable pour gérer la situation des personnes atteintes, dans le respect de leurs droits fondamentaux au logement, au travail, à vivre dans un environnement sain... et pour prévenir l'apparition de troubles invalidants chez de nouvelles personnes, notamment chez les plus jeunes. L’état des connaissances scientifiques sur l'ElectroHyperSensibilité L’EHS se caractérise par une perte de tolérance aux champs électromagnétiques (CEM) entraînant une altération de l'état de santé plus ou moins durable à la suite d'une exposition à des champs électromagnétiques, pouvant devenir chronique dans certains cas. Symptômes : Les études menées dans les années 2000-2010 montrent que les symptômes attribués aux champs électromagnétiques sont en premier lieu en rapport avec le système nerveux et neurovégétatif : troubles du sommeil, fatigue, trouble de l'équilibre, céphalées, difficultés de concentration, perte de mémoire, nervosité, lourdeur ou pression dans la tête, troubles du rythme cardiaque, acouphènes, troubles visuels, troubles ostéo-musculaires. La réalité des troubles et des douleurs ressentis par les EHS a été reconnue par l’ANSES dans son avis de 20185 Qualité de vie : La qualité de vie des personnes atteintes d’EHS, dans les cas les plus lourds, est profondément affectée : il est nécessaire de revoir l’installation électrique du logement, de le protéger des radiations provenant des voisins et de l'environnement, parfois de le quitter. Il n’est pas toujours possible de conserver son emploi, de suivre ses études, voire de participer à la vie sociale, surtout depuis l’omniprésence des champs électromagnétiques. Épidémiologie : En 1932, Schliephake, un médecin allemand, mentionnait déjà des troubles subis par les personnes ayant travaillé longtemps et sans protection à proximité d’émetteurs. Puis, dès les années 50, les autorités sanitaires d'Europe de l'Est se sont préoccupées de ce qu'on a alors appelé la « maladie des micro-ondes ». En 1960, une étude menée dans l'Armée de l'Air française concluait que 30 % du personnel présentait un syndrome neuro-végétatif non spécifique et 10 % présentait des signes cliniques authentifiés, mettant en évidence l'existence d'une sensibilité individuelle. En milieu professionnel, un taux d’EHS de 17 % est noté parmi les employés d'une entreprise multinationale suédoise de haute technologie en télécommunications (Hillert and al. 2001). Ne disposant d’aucune étude de prévalence en France, l’ANSES a recueilli dans son rapport de 2018, les données à l’international les plus récentes (sept articles publiés entre 2008 et 2013) entre 1,2 % et 8,8 % avec une médiane autour de 5 %. Facteurs de risques environnementaux : Selon Hagström et al (2013), les sources suspectées d'avoir déclenché l'EHS sont les ordinateurs personnels (50,8%), les téléphones portables (47%), puis les sources lumineuses (21,1%). Les sources les plus incriminées durant la phase aiguë d'EHS sont les téléphones portables GSM (63,4%), les écrans d'ordinateurs personnels (61,3%) et les lampes éco fluo-compactes (54,6%). La littérature incrimine une grande variété d’autres sources dans l'apparition des troubles : téléviseurs, antennes-relais, émetteurs de radio/télédiffusion, téléphones fixe sans fil DECT, Wifi, téléphones portables, appareils électriques, lignes et transformateurs électriques... Étiologie : Bien qu'encore controversée quant au lien avec les CEM, l’EHS fait étonnement l'objet de très peu d'études cliniques ou biologiques indépendantes. Cependant, de plus en plus d'éléments scientifiques viennent abonder dans le sens d'une base biologique et moléculaire et quelques études sur des cellules humaines (INSERM Lyon) ou des modèles animaux (Ineris/Université d'Amiens) commencent à émerger. En 2018, les experts de l’ANSES ont souligné des études montrant un abaissement du seuil de perception du courant électrique chez certaines personnes et le fait que des personnes se déclarant EHS ont été capables de « percevoir » un champ magnétique, s’interrogeant sur la possibilité d’une perception indirecte d’éventuels effets physiologiques, biologiques et/ou du courant électrique. Le fait que les radiofréquences perturbent l’activité électrique du cerveau (population générale) est reconnu par l’ANSES6. Tout récemment, les académies américaines des Sciences, d’Ingénierie et de Médecine ont conclu dans un rapport de décembre 2020 7, que l’explication la plus probable aux troubles mystérieux dont souffrent certains diplomates et espions états-uniens serait une exposition directive à des radiofréquences pulsées. Un futur scandale sanitaire en préparation A ce jour, l’ANSES, l'agence d'expertise sanitaire française, reconnaît partiellement l'EHS. Dans son rapport de 2018, l'agence reconnait la pathologie : elle recommande la prise en charge des malades qui se déclarent EHS ; elle laisse ouverte la question de la causalité avec l'exposition (ce qui n'était pas le cas dans ses rapports précédents) et recommande de poursuivre la recherche à ce sujet ; Les faisceaux de preuve d'effets sanitaires s'accumulent tandis que les preuves d'une innocuité sont inexistantes. Les témoignages se multiplient dans le monde et convergent quant aux troubles décrits, aux sources incriminées et aux conséquences médicales, professionnelles, familiales et sociales. Pourtant, nous continuons d'assister au déploiement de nouvelles technologies : 5G, internet par satellite, compteurs et objets connectés... alors même que les alertes s’amplifient et que les recommandations des rapports d'évaluation ne sont pas appliquées. Les autorités sanitaires ne disposent à ce jour d'aucune étude clinique ni d'évaluation de la prévalence de l’EHS alors que le manque de connaissance sur ce sujet est pointé depuis des années de rapports officiels en rapports officiels. Nous sommes tous concernés Sans le savoir, chacun de nous est exposé aux ondes. Les ondes sont invisibles, elles se mesurent difficilement. L'EHS ne pourrait représenter que la partie la plus visible de l'impact des ondes sur la santé car certains scientifiques s'interrogent sur leur rôle dans l'augmentation de maladies chroniques telles que la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, les maladies neurodégénératives et la dépression... L'OMS a également classé les radiofréquences comme cancérigène possible en mai 2011 et une série d'études parues depuis alourdissent la charge de la preuve du lien entre ondes et cancer. 8 Cela devrait tous nous interroger sur nos usages quotidiens et de la façon dont les choix technologiques sont faits car la technologie du sans fil se déploie de manière exponentielle sans évaluation ni mise en débat véritables 9. Aller plus loin : Etes-vous électrohypersensible ? (les symptômes) Comment se soigner, quelle prise en charge ? Gérer le quotidien, les solutions Les reconnaissances en France et dans le monde 1. Voir intervention du Dr G. Lasfargues – Journée de l'ANSES http://www.electrosensible.org/documents/agences/anses/ANSES_Journee_du_25092012_G_Lasfargues_retranscription.pdf 2. Centre de pathologies professionnelles (CHU) et initiatives privées (nous contacter)3. Voir tout particulièrement EUROPAEM 2016 - https://wiki.priartem.fr/lib/exe/fetch.php/ehs:prise_en_charge:europaem_directives_2016_fr.pdf4. Directive de l'Association médicale autrichienne pour le diagnostic et le traitement des maladies liées aux champs électromagnétiques (syndrome CEM) - https://wiki.priartem.fr/lib/exe/fetch.php/ehs:prise_en_charge:directive_autrichienne_cem_14_8_2012.pdf5. https://www.anses.fr/fr/content/hypersensibilit%C3%A9-aux-ondes-%C3%A9lectromagn%C3%A9tiques-amplifier-l%E2%80%99effort-de-recherche-et-adapter-la6. Rapport de l’ANSES RF et santé 2013 : https://wiki.priartem.fr/lib/exe/fetch.php/science:anses:anses-2013-rapport-rf.pdf (chercher 'EEG') 7. https://www.nap.edu/catalog/25889/an-assessment-of-illness-in-us-government-employees-and-their-families-at-overseas-embassies8. http://www.priartem.fr/Radiofrequences-et-cancerogenicite.html et http://www.priartem.fr/USA-programme-national-d-etudes.html 9. http://www.priartem.fr/LINKY-En-l-absence-d-evaluation-du.html ; http://www.priartem.fr/Plan-numerique-a-l-ecole-courrier,1260.html